Le frisson sous la soie,
*
La fenêtre ouverte accroche la lune
Dans un reflet de matin blafard,
Comme si la nuit leur gardait rancune
D’être heureux, de veiller si tard.
*
Dans le clair-obscur,
En ombres chinoises,
La nuit couleur ardoise
Assassine l’azur :
Une tache sanglante
Dessine sur l’horizon
Une vision démente
L’âme est en prison.
*
Une vague déforme
Les plis de la soie :
Voilà que des formes
Expriment la joie.
Un rire si clair
S’élève dans l’air,
Qu’il suspend la nuit
À l’orée du lit.
*
Nue sous la soie,
Blottie contre lui
Elle s’emploie
À ce qui séduit :
Du baiser papillon
Tout de légèreté,
Au manier de scion
Rugueuse fermeté.
*
Dans l’embrasement
Du sceptre élevé
L’astre s’est levé
Dans le firmament ;
La chair a pleuré,
En son rougeoiement
Aux lèvres affleurées,
Son balbutiement.